Les Farhis

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FAUSSE ROUTE

 » L’  » Algérien voyageur « , ce pauvre Algérien, quand il ne se déplace pas à l’étranger pour se soigner à ses propres frais parce que notre système de santé est plus que défaillant, se contente, pour ses vacances, d’un hôtel ou d’une auberge tout juste moyenne. Un peu comme lui. Pour se sustenter, il ne fait pas bombance non plus. A peine se permet-il au retour d’acheter quelques babioles à deux sous, histoire de satisfaire les amis et la famille « .

Par Mohamed Abdoun :

Abderrahmane Benkhalfa est l’ancien gouverneur de la Banque d’Algérie. Contrairement à la plupart de ses prédécesseurs, il avait eu le courage de dire. Oui, de dire. De tirer la sonnette d’alarme, d’alerter les autorités, bien avant que n’advienne le pire, que n’intervienne la crise, et que les cours du pétrole de chutent de cette manière spectaculaire. Pris pour cible par ceux que ce discours lucide, conscient et responsable ne plaisait pas, il a fini par être débarqué. Là, il aurait pu laisser un bien  » agréable  » souvenir. Lui au moins avait été assez courageux pour dire, quand tous les autres se taisaient, demeuraient groggy par l’euphorie et l’ivresse que procurent l’argent qui coule à flot, lorsque l’on se dirige irrémédiablement sur le mur. Non, il a fallu qu’il parle encore. Il a fallu qu’il dise, mais qu’il dise mal cette fois-ci. Voie de la complaisance, mais voie de la diversion et de la fausse analyse quand même. Sans doute est-il à la recherche d’un nouveau poste. Histoire de quitter la  » voie de garage  » dans laquelle il se trouve. Pour lui, donc, la chute de la valeur de la monnaie nationale serait due au fait que les Algériens, appelés à voyager, en dépensent pas mal, mais au cours parallèle, s’entend. Et pan sur le bec ! Pareille assertion a de quoi fausser tous les calculs, et disculper ainsi les vrais coupables. Notre monnaie, en effet, n’en finit plus de chuter parce que nous n’avons pas d’économie digne de ce nom. Nous ne produisons aucune richesse à même de compenser les dépenses pharaonique des pouvoirs publics. Je rappelle ici, à simple titre illustratif, qu’au lendemain des émeutes dites de l’huile et du sucre, et dans le but d’acheter la paix sociale de la manière la plus artificielle et la plus éphémère qui soit, des hausses considérables dans les salaires des fonctionnaires, enseignants, corps médical et autre, avaient été consentis, avec des rappels allant jusqu’à plusieurs années. De quoi malmener les caisses de l’Etat, mais aussi porter l’estocade à un pouvoir d’achat, déjà bien assez malmené sans cela. En effet, et si le secteur économique, qui se trouve être le seul à produire des richesses, n’a pas suivi un choix aussi suicidaire et irréfléchi, l’Etat ne faisait que reprendre d’une main le double de ce qu’il donnait de l’autre, portant au passage un sévère coup aux travailleurs du secteur économique. De manière artificielle toujours, la Banque d’Algérie, afin de masquer des choix aussi désastreux, que la chute des cours du pétrole allait percer à jour, dépréciait (et ne dévaluait pas. Jouant ainsi sur les mots), la valeur du dinar, à chaque fois un peu plus. L’  » Algérien voyageur « , ce pauvre Algérien qui n’a droit qu’à 110 euros de changes par an, n’y est donc pour rien. S’il achète quelque argent au Square Port Saïd, c’est surtout pour  » soigner  » sa dignité, et ne pas se faire humilier à l’étranger. L’  » Algérien voyageur « , ce pauvre Algérien, se souvient aussi que l’allocation devises chez nos voisins est dix fois supérieure, et qu’en Algérie on lui a promis que celle-ci allait être revue à la hausse incessamment, par ce même… Benkhalfa. Parole n’a jamais été tenue. Ce dernier ne parle pas, en revanche, des fausses facturations des importateurs, leur permettant de transférer illégalement des sommes faramineuses à l’étranger. Non plus des pots de vin accompagnant une bonne partie des marchés conclus avec des entreprises étrangères. Et tous ces biens immobiliers acquis en Europe de la manière la plus opaque qui soit. Ne sont-ce pas là certaines des véritables raisons qui  » tuent  » la monnaie nationale ? L’  » Algérien voyageur « , ce pauvre Algérien, quand il ne se déplace pas à l’étranger pour se soigner à ses propres frais parce que notre système de santé est plus que défaillant, se contente, pour ses vacances, d’un hôtel ou d’une auberge tout juste moyenne. Un peu comme lui. Pour se sustenter, il ne fait pas bombance non plus. A peine se permet-il au retour d’acheter quelques babioles à deux sous histoire de satisfaire les amis et la famille. Très peu d’Algériens moyens, au reste, se permettent encore ce genre de tous petits plaisirs, tant la vie devient de plus en plus chère. Or, même ça, on semble vouloir les en priver. Décidemment, il n’y en a que pour les autres !
M. A.

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http://www.tribunelecteurs.com/?p=47265

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